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Pessa'h 5768
'Hamets et Matsa Nourritures : le pain, sur la table, s'enfle de sa mie satisfaisante, promesse pour le mangeur qui s'en approche. Il y a toujours quelque danger, aux jours du quotidien (le Chabbat nous offre, lui, son élévation) à ce face-à-face avec la substance épanouie du pain. Toujours, le mangeur court le risque d'une satisfaction qui dépasse son objet. Le risque que la satiété délicieuse, née de toute la nourriture absorbée, ne soit rien d'autre que l'immédiate expression du Même à lui-même confirmée, dans la superbe indifférence, dans l'insouciant enfermement que confère la plénitude du ventre si bien nourri. La Matsa étonne le regard de l'enfant. Elle est un aliment qui n'alimente pas tout à fait, car c‘est un pain de misère. De la Matsa à la pâte levée du pain, au 'Hamets, il y a toute la différence qui sépare le Hé du 'Hèth. Ces deux mots sont composés, chacun, de trois lettres hébraïques. Dans l'un et l'autre, se retrouvent deux lettres identiques : le Mem et le tsadi. La troisième diffère. 'Hamets s'écrit avec un 'Hèth, Matsah avec un Hé. Les lettres 'Hèth et Hé sont formées de trois barres et sont ouvertes vers le bas. Leur unique différence est que le 'Hèth est complètement fermé sur trois côtés alors que le Hé comporte une seconde ouverture, en haut, dans son coin gauche. La béance commune renvoie à la tentation d'en bas, la tentation de la faute. La fermeture du 'Hèth interdit alors toute échappatoire. Pessa‘h ou la fête de l‘enfant Quand, pour la dernière fois, vous êtes-vous sentis libres ? Pour bon nombre d‘entre nous, ployant sous le poids de notre travail, de notre famille et des responsabilités sociales, la liberté semble aussi rare qu‘elle est essentielle, aussi inaccessible qu‘elle est désirable. Nous la désirons, nous en avons besoin, mais comment y parvenir ? Mais regardez un enfant. Observez-le alors qu‘il joue, qu‘il est plongé dans son livre préféré ou qu‘il dort souriant à ses rêves. Il est tranquille. Il sait que son père et sa mère le nourrissent, le protègent et prennent soin de tout. L‘enfant est libre. Libre de révéler sa véritable personnalité, libre de grandir et de se développer, de s‘ouvrir aux joies et aux promesses de la vie. C‘est la raison pour laquelle, Pessa‘h, la fête de la libération, est tant la fête de l‘enfant. Car c‘est l‘enfant qui nous permet de réaliser que nous aussi sommes les enfants de D.ieu et donc profondément et éternellement libres. C‘est l‘enfant qui ouvre nos yeux sur le sens profond de Pessa‘h : en nous sortant d‘Egypte pour faire de nous Son peuple élu, D.ieu nous libéra de tous les esclavages et de toutes les soumissions de tous temps. L‘enfant est donc le participant le plus important du Séder de Pessa‘h. De nombreuses coutumes du Séder ont tout particulièrement pour but d‘étonner l‘enfant, de stimuler sa curiosité, de l‘obliger à demander : Mah Nichtana Halaïlah Hazé ?» « Pourquoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres nuits ?» Car la Haggada tout entière, ce récit de l‘histoire de notre rédemption d‘Egypte que nous lisons au Séder, est construite autour du concept « Quand ton enfant te demandera… Tu diras à ton enfant». A Pessa‘h, nous désirons pénétrer dans l‘esprit de l‘enfant, voir la réalité à travers sa perspective. Car sinon, comment goûter à la liberté ? Les quatre fils Mais les enfants, comme l‘attestera chaque parent, se présentent sous de multiples personnalités. Si l‘on observe de plus près la discussion de la Torah dans le dialogue du Séder, l‘on peut constater qu‘elle comporte plusieurs versions des questions des enfants et des réponses des parents. La Haggada explique que « la Torah s‘adresse à quatre fils : le sage, l‘impie, le simple et celui qui ne sait pas poser de questions». Selon la façon dont l‘enfant pose sa question, le cas échéant, la Torah offre quatre approches différentes pour expliquer le message de la fête et la signification de notre liberté. L‘enfant « sage» pose des questions intelligentes, bien structurées qui reflètent la droiture de ses observations et son désir de connaissance, d‘appréciation et de participation. Le père, fier, répond par une explication détaillée des observances du Séder, du commencement jusqu‘à la fin, jusqu‘à la loi selon laquelle « on ne doit pas consommer de dessert après la viande de l‘offrande pascale», pour que son goût s‘attarde dans nos bouches longtemps après le Séder. Le fils « impie» observant les efforts et les dépenses impliqués dans l‘organisation de la soirée du Séder, demande : « Qu‘est-ce que ce travail qui est le vôtre ?». « Ce travail qui est le vôtre» souligne la Haggada. C‘est quelque chose à laquelle il ne veut pas participer. « C‘est à cause de ce que D.ieu m‘a fait», répond le père sur le même ton, « quand j‘ai quitté l‘Egypte». « M‘a fait… quand J‘ai quitté l‘Egypte», impliquant par là, commente la Haggada, que « s‘il [l‘enfant impie] s‘était trouvé là-bas, il n‘aurait pas été sauvé». Au fils « simple» qui ne peut que questionner « Qu‘est-ce que c‘est ?» le père répond par une réponse appropriée sur le sens de cette soirée. Et au père de « l‘enfant qui ne sait pas poser de questions », la Torah instruit : « Dis à ton enfant». C‘est à lui à initier la discussion, à l‘amener à parler et à participer. Là-bas et ici De toutes ces réponses diverses, c‘est celle adressée au « fils impie» qui demande clarification. Pourquoi devons-nous lui dire qu‘il aurait été laissé en Egypte à l‘époque de ‘Exode ? Et de fait, c‘est ce qui eut lieu. Nos Sages nous disent que seul un cinquième des Juifs quittèrent l‘Egypte en direction du Sinaï, lors du premier Pessa‘h. Les quatre autres cinquièmes refusèrent de s‘en aller, préférant l‘esclavage du Pharaon à l‘engagement pour D.ieu. Ces Juifs ne furent pas sauvés. Car bien que D.ieu acceptât les Juifs en Egypte, comme ils étaient, dans leur statut spirituel dépravé après deux siècles d‘esclavage dans la société la plus immorale de la terre, Il émettait cependant une condition : il fallait désirer la liberté pour la mériter. Cependant, quel intérêt y a-t-il à dire au fils impie que « s‘il avait été là-bas, il n‘aurait pas été sauvé» ? Voulons-nous repousser encore davantage un enfant déjà éloigné ? En réalité, notre message à cet enfant n‘est pas celui d‘un rejet ou d‘un bannissement mais celui d‘acceptation et de promesse. S‘il avait été là-bas, lui disons-nous, il n‘aurait pas été sauvé. L‘Exode d‘Egypte eut lieu avant la Révélation Sinaïtique, avant que D.ieu ne choisisse chacun des enfants Juif pour être le Sien. Là-bas, en Egypte, la Rédemption était une question de choix individuel. Mais il n‘y était pas, il est ici. « Ici», c‘est après le Sinaï. Ici, libres, c‘est ce que nous sommes et non ce que nous pouvons rejeter ou refuser d‘être. Il est vrai que nous sommes en exil, mais « en ce jour, prophétise Yichayahou, vous serez rassemblés, un par un, ô enfants d‘Israël». Quand D.ieu reviendra nous délivrer, pas un seul Juif ne sera laissé derrière. Le cinquième fils Aussi différents que puissent paraître les « quatre fils» de la Haggada, ils ont tous un point commun : impliqués, défiants, incapables ou indifférents, ils sont tous présents à la table du Séder. Ils ont tous un lien, bien que tous différemment, avec notre célébration annuelle de l‘Exode et de notre naissance en tant que nation. La communication est ouverte ; le potentiel d‘ « enfant sage» qui réside en chaque enfant Juif est accessible. Mais aujourd‘hui, dans notre exil spirituel, il existe un cinquième fils : le Juif qui est absent de la table du Séder. Il ne pose pas de questions, ne lance aucun défi, ne montre aucun intérêt. Car il ne sait rien du Séder, rien du sens de l‘Exode, rien de la Révélation du Sinaï où nous avons assumé notre mission et notre rôle en tant que Juifs. C‘est à ces enfants de D.ieu que nous devons nous consacrer longtemps avant la première nuit de Pessa‘h. Nous ne devons pas oublier un seul enfant Juif, nous devons investir toute notre énergie et toutes nos ressources à ramener tous les « cinquièmes fils» à la table du Séder de la vie juive. |