Maimonide définit, dans son « Guide des Egarés » (Troisième partie, chapitre 17), cinq possibilités d’envisager la providence divine :
1. Certains professent qu’il n’y a pas de providence, et que Hachem n’intervient d’aucune façon dans la marche du monde. C’est ainsi que raisonnent les adeptes d’Epicure. C’est aussi la vision la plus éloignée qui soit du judaïsme.
2. On peut dire aussi, comme le fait Aristote, que Hachem intervient dans certains domaines, et qu’Il abandonne les autres au hasard.
3. On peut dire aussi, comme le font les Musulmans, que rien n’est abandonné au hasard ni au libre-arbitre, et que tout résulte de la volonté de Hachem . Le judaïsme rejette cette manière de voir.
4. L’homme possède le libre-arbitre, il dispose de la possibilité d’agir à son gré, et Hachem n’intervient pas dans ses actes. Il est à noter que si cette façon de voir a été longtemps celle des Juifs réformés, ceux-ci tendent à considérer aujourd’hui que Hachem intervient effectivement dans le monde, mais par la persuasion et non par la coercition. Il agit par l’inspiration et la création d’opportunités d’agir, et non par des miracles ou des violations des lois de la nature.
5. La cinquième possibilité est celle qui a les faveurs de Maimonide : Hachem n’intervient pas dans l’ordre naturel afin de protéger ceux qui sont dignes de Ses faveurs de toute occurrence maléfique. C’est au contraire lorsqu’un homme a atteint un degré très élevé de communion intellectuelle avec Lui qu’il se met à l’abri des infortunes terrestres. Rien n’est dissimulé au regard de Hachem , et l’humanité ne Lui fait rien perdre de Sa toute-puissance. En revanche, la providence est une conséquence nécessaire de l’intellect. Car elle ne peut s’émaner que d’un esprit absolument parfait, et ceux qui sont touchés par cet influx divin le sont également par la providence. Cette position, affirme Maimonide, est en harmonie non seulement avec la raison, mais aussi avec nos textes et nos traditions.
6. Le Baal Chem Tov et la ‘Hassidout ‘Habad enseignent : tout est effet de la Providence Divine, même une feuille qui tombe de l’arbre et va se poser sur le sol. Rien n’est livré au hasard.
LES MERVEILLES DE LA NATURE
Les signaux naturels, humains, ou divins nous interpellent : Réagissez avant qu'il ne soit trop tard !
La nature a sa manière propre de donnert des signaux
Considérons, par exemple, la sensation de douleur c'est le signal que donne la nature pour avertir qu'il se passe quelque chose d'anormal dans notre organisme. Une rage de dents signale l'existence d'une carie ou d'une autre anomalie. Sans la douleur, la carie s'aggraverait puisqu'on ne s'en apercevrait pas, jusqu'au jour où il ne serait plus possible de sauver la dent. Et les conséquences seraient semblables si une personne choisissait d'ignorer l'avertissement de la nature, qu'il s'agisse d'un mal de dents, d'un mal d'estomac, d'un mal de tête ou de tout autre douleur ou gêne physique. Dans chaque cas, la nature nous envoie un signal nous avertissant que quelque chose s'est déréglé dans notre organisme ; en conséquence, nous devons agir de manière à rétablir l'équilibre, quitte parfois à changer notre façon de vivre, nos habitudes.
UN MOYEN DE COMMUNICATION
Au temps jadis, on répandait la nouvelle de la sanctification de Roche 'Hodèche (Nouvelle Lune) au moyen de feux qu'on allumait sur les collines entourant Jérusalem.
Depuis les temps les plus lointains, l'homme a appris à se servir de signaux. Le signal est un moyen de transmettre une information d'une personne à une autre, ou d'un lieu à un autre. Par exemple, au temps jadis, c'était la coutume pour le Beth Dine (Cour de justice) en Erets Israël, de répandre la nouvelle de la sanctification de Roche-'Hodèche (Nouvelle Lune) au moyen de feux qu'on allumait sur les collines entourant Jérusalem. Ce signal par les feux était rapidement reçu, puis transmis d'une colline à l'autre, jusqu'à ce que tout le pays fût informé du jour de Roche-'Hodèche, et que tout un chacun sût le temps adéquat pour l'observance des fêtes. Autrefois, les soldats engagés dans une guerre se servaient de message éclair en réfléchissant les rayons du soleil sur la surface polie de leurs boucliers. Les Indiens d'Amérique, eux aussi, envoyaient des messages au moyen de la fumée. Au temps où les Enfants d'Israël poursuivaient leur errance à travers le désert, après leur sortie d'Egypte, et avant leur entrée en Terre Promise, on sonnait de trompette d'argent pour rassembler les chefs du peuple ou le peuple lui-même. Les trompettes donnaient aussi à ce dernier le signal de la marche. Une corne de bélier était employée pour sonner l'alarme à l'approche de l'ennemi. Les indigènes d'Afrique, eux, se servaient de tambours pour leurs signaux. Et ainsi de suite. Nous venons de voir que les signaux appartiennent à l'une ou l'autre des deux catégories suivantes l'auditive ou la visuelle, selon que le signal est destiné à être entendu ou vu. Ces deux formes sont utilisées encore de nos jours, avec la différence que des méthodes ou des instruments plus élaborés sont employés. Nous disposons aujourd'hui de phares puissants, de fusées, de feux de toutes sortes. D'autre part, là où la signalisation visible ne peut être efficace, comme dans le cas de brouillard épais, les navires, pour éviter une collision, utilisent des trompes ou des sirènes. En cas d'incendie, les sirènes d'alarme retentissent souvent non seulement pour appeler les volontaires, mais aussi pour leur permettre de situer le lieu du sinistre. En temps de guerre, des sirènes mugissantes annonçaient l'approche des avions ennemis; d'autres prévenaient que le danger était passé. Les phares et les bateaux-feux lancent des signaux lumineux, mais par temps brumeux, ils utilisent des cloches immergées. L'eau, meilleure conductrice que l'air, transmet le son dix fois plus loin, et environ quatre fois plus vite. Aujourd'hui, les signaux sonores sont souvent transmis par radio.
LE "SIGNAL" DE D.IEU
Les signaux présentent un gros avantage dans les communications internationales, car un signal a le même sens dans toutes les langues. Un S.O.S. (initiales des mots anglais " Save our Souls " - sauvez-nous) lancé par un navire en détresse peut être compris par n'importe quel capitaine de bateau, quelle que soit sa langue. Des commissions internationales de télécommunications se réunissent de temps en temps afin de réglementer les communications entre bateaux, avions et stations terrestres. La quasi-totalité des pays du monde y sont représentés. Les signaux adoptés par elles constituent une manière de langage international. Revenons maintenant au point de départ de cette étude : les signaux de la nature. L'on parle souvent de la " Nature " comme d'une sorte d'être indépendant. II n'est pas nécessaire de souligner qu'il n'en est rien. Il n'y a, en fait, que D.ieu, le Créateur, Qui agit à travers la nature qu'Il a créée, qu'Il contrôle constamment et maintient "en vie". Par conséquent, quand nous disons que la douleur est un avertissement de la nature, nous voulons dire en réalité que c'est un avertissement de D.ieu. En d'autres termes, D.ieu, dans Son infinie miséricorde et le soin constant qu'Il prend de Ses créatures, actionne le signal quand quelque chose se dérègle dans l'organisme et qu'une action est nécessaire pour corriger ce mauvais fonctionnement. La douleur est une chose désagréable, certes; mais si l'on prend conscience de la fonction et du but vitaux de cette sensation, l'on doit être reconnaissant que la douleur existe; puisque, autrement, la vie physique ne pourrait se poursuivre longtemps. Si D.ieu prend un tel soin de notre bien-être physique et désire que nous soyons physiquement sains de façon continue, Il porte au moins un égal intérêt à notre bien-être spirituel.
Lorsqu'il se produit un "déséquilibre" dans notre vie spirituelle, D.ieu nous lance un signal.
Car, nul doute que notre âme est plus importante que notre corps. Notre âme est éternelle, tandis que notre corps n'est que la "demeure" temporaire de notre âme, pour la durée de notre vie sur cette terre. Il s'ensuit que lorsqu'il se produit un "déséquilibre" dans notre vie spirituelle, D.ieu nous lance un signal. Nos Sages disent que le premier signal qu'Il envoie est "léger"; il n'affecte que les possessions extérieures de l'homme, ses richesses. Celui-ci peut supporter une perte financière, que ce soit sous forme de dommages à la propriété, ou d'une affaire commerciale malheureuse, etc. Si l'homme n'y voit pas un signe, et hausse les épaules en mettant un tel préjudice matériel sur le compte d'une circonstance fortuite, ou d'un accident sans lendemain, le second avertissement sera plus dur et pourra prendre la forme d'une maladie, d'un préjudice corporel, blessure ou autres. De telles circonstances sont pénibles, mais quand on sait qu'aucun mal ne peut venir de D.ieu, Qui est l'Essence même du Bien, et que l'expérience douloureuse est un avertissement vital annonçant des ennuis plus graves, on devrait accueillir comme il se doit le premier signal et agir en conséquence.
UNE FOIS PAR AN
Une fois par an, à Roche Hachanah, nous recevons un "signal" spécial - le son du Chofar. Celui-ci a beaucoup de raisons profondes, et plus d'une signification. Toutefois, l'un des messages fondamentaux du Chofar est qu'il sonne "l'alarme". Le grand Maître, Rabbi Moché ben Maïmon (Maimonide) l'exprime en ces termes: "En même temps que le son du Chofar à Roche Hachanah est un commandement Divin dans la Torah (pour lequel aucune raison ni explication ne sont nécessaires), il est aussi un appel destiné à "éveiller les dormeurs", qui sont si absorbés par les aspects matériels et vains de la vie qu'ils sont devenus insensibles aux valeurs plus importantes et éternelles, les valeurs spirituelles, et ont oublié leur but réel dans la vie." Heureux celui qui entend et comprend ce signal vital, comme nous le disons d'ailleurs immédiatement après la première partie des Téhilim: "Heureux ceux qui comprennent le son du Chofar ; ô Eternel, ils marcheront à la clarté de Ta Face " (Psaumes, 89:16)
Voir la providence divine partout
Se débarrasser de ses œillères, voilà le premier pas pour une vision spirituelle.
Mon fils de 3 ans me regardait un jour en train de prier. Il essayait d'imiter mes mouvements, comme s'il priait aussi. Soudain, sans crier gare, il m'annonça: "Papa! Je viens de voir les pieds de Dieu!" Je n'ai pas su tout de suite quelle devrait être ma bonne réponse, mais j'ai rapidement décidé que le mieux était de dire la vérité: "Yehouda! Tu ne peux pas avoir vu les pieds de Dieu. Dieu n'a pas de pieds!" Il a semblé surpris par cette affirmation, mais tout ce qu'il a dit a été: "Ah bon!" Quelques minutes après, il me tira par la manche. Il me regarda de ses grands yeux bruns et, souriant doucement, il me déclara sur un ton de conviction totale : "Mais je les ai vus!" Comme il n'y avait rien qui puisse le persuader du contraire, j'ai décidé de ne pas réagir. Après tout, il n'avait que trois ans. On pouvait raisonnablement espérer que, parvenu à l'âge adulte, il aurait fini par apprendre que Dieu n'a pas de pieds. S'il devait être encore imprégné de ce concept, il serait sur le point de voir véritablement Dieu.
Les gens d'aujourd'hui veulent vraiment rencontrer D.ieu. Ils ne cherchent rien d'autre qu'une audience privée.
Les gens d'aujourd'hui veulent vraiment rencontrer D.ieu. Ils cherchent moins à Le comprendre qu'à lui être présentés. Ils veulent de Lui une audience privée. Ils veulent voir D.ieu. Et aussi étonnant que cela paraisse, c'est chose possible. D.ieu peut être vu et Il veut être vu. Et pourtant, la plupart des gens, malheureusement, ne voient pas Dieu, ne peuvent pas voir D.ieu, même quand ils le voudraient, parce qu'ils ont été imprégnés dans leur enfance par des concepts qui sont devenus dans leur âge adulte de véritables œillères spirituelles. C'est pourquoi, au lieu de décrire comment Dieu peut être vu, nous chercherons pourquoi nous ne pouvons pas Le voir. Nous espérons réussir, en faisant cela, à démasquer et à mettre bas les principaux obstacles qui se dressent devant nous. La première étape dans ce que j'appelle l'art de la vision spirituelle consistera à nous débarrasser de nos œillères spirituelles. La plupart des gens, comme ceux que j'ai rencontrés pendant mes années d'activité rabbinique, portent des œillères spirituelles. Cela leur cause une vive souffrance, parce que ces œillères bloquent les yeux de l'âme et ne les rendent jamais libres de voir D.ieu. Certaines gens se rendent compte qu'ils marchent à l'aveuglette dans la vie, mais la plupart en sont inconscients. Et cela est bien pire, parce que si vous ne savez pas ce qui vous blesse, il est plus difficile de guérir.
Une vision infantile de D.ieu
La plupart d'entre nous retiennent une certaine image de D.ieu, née peut-être de sa première imprégnation dans notre conscience d'enfant. Beaucoup d'enfants subissent en effet l'influence de la tendance du monde à vouloir dépeindre Dieu sous les traits de Zeus - bien que le paganisme ait théoriquement disparu de la civilisation occidentale en même temps que l'Empire Romain. La version peinte par Michel-Ange dans la Chapelle Sixtine représente probablement l'interprétation la plus largement reproduite du Créateur apparaissant un peu comme le vieux Zeus lui-même. Il n'est pas étonnant que tant d'enfants (et beaucoup d'adultes aussi, malheureusement) imaginent Dieu comme un vieillard au visage ceint d'une longue barbe blanche. Les enfants ont besoin de donner à Dieu dans leurs esprits une forme physique, à défaut de quoi ils ne peuvent pas en comprendre l'idée. Car chez eux un Dieu invisible et incorporel échappe à leur entendement. Dans l'esprit d'un enfant, selon son niveau de compréhension, Dieu doit avoir un corps, une forme que l'on puisse imaginer de quelque manière, pour exister. Mais lorsque l'enfant grandit, et qu'il mûrit intellectuellement et spirituellement, il a besoin de trouver un nouveau modèle de pensée - un nouveau cadre pour comprendre Dieu, pour voir Dieu. Le problème est que la plupart d'entre nous n'éprouvent pas ce besoin. C'est là, en fait, un problème très répandu. L'humanité a eu à affronter ce problème depuis l'aube de la civilisation. Cela a été le génie et la prodigieuse contribution d'Abraham. Il y a quatre mille ans, il a déclaré au monde, qui adorait un assortiment d'idoles représentant chaque aspect imaginable de la nature, qu'on ne peut imaginer qu'une seule source de toute la création. Peut-on imaginer quel choc cela a été d'entendre alors que Dieu est sans image ? Comment cela se pouvait-il? La situation créée par Abraham était d'autant plus ironique que son propre père, Téra'h, était de profession, fabricant d'idoles. La tradition orale juive nous raconte qu'Abraham, étant enfant, détruisit toutes les idoles exposées dans le magasin de son père. Répondant à la colère de son père, il prétendit résolument que la plus grande des idoles était responsable de la destruction. "Mais, objecta son père, ce n'est qu'une statue; elle ne peut rien faire!" Ce à quoi Abraham répondit simplement: "Laisse tes oreilles écouter ce que ta bouche vient de dire!" D.ieu, qui est responsable de l'immensité et de la complexité de la création, ne peut pas être limité à une forme, et surtout pas à une image gravée et inanimée. Une âme mûre et saine se doit de rejeter des représentations aussi puériles. Comme l'a souligné Rabbi Avraham Yits'haq Kook, le grand philosophe kabbaliste du début du XXème siècle : " Il arrive que la foi soit en réalité un reniement, et il arrive qu'un reniement soit en réalité une foi. " Quand quelqu'un dit qu'il croit en D.ieu, mais que, en fait, le D.ieu auquel il croit est en réalité une idole élevée en modèle spirituel, une image de D.ieu qu'il a réussi à faire apparaître, alors sa foi est réellement un reniement de la vérité, une hérésie. En revanche, quand quelqu'un affirme qu'il est athée simplement parce qu'il ne peut pas croire en un roi omnipotent portant une imposante barbe blanche flottant quelque part dans les espaces infinis, il exprime d'une certaine manière une foi véritable, parce qu'un tel D.ieu n'existe effectivement pas. La difficulté est de savoir comment débarrasser son esprit d'une image aussi fausse, une image qui est devenue avec le temps particulièrement présente et qui, comme un épais mur de béton, empêche aujourd'hui de parvenir vraiment jusqu'à D.ieu. Il faut, pour commencer, définir le sens de ce mot : D-I-E-U.
Qui est "D.ieu" ?
On parle aujourd'hui beaucoup de D.ieu. Il est à la mode de L'évoquer parmi les éléments de spiritualité dont on disserte au cours de cocktails. Il est même à la mode de croire en D.ieu. Il n'y a pas longtemps, il n'était pas de bon ton de croire en D.ieu. C'était même tout à fait politiquement incorrect. Aucune personne intelligente ne croyait en D.ieu, la foi était considérée comme quelque chose de primitif, de désuet, comme décidément incompatible avec ce que l'on apprend dans les écoles. Mais ce qui me préoccupe à propos de cette mode d'avoir foi en Dieu est qu'elle est intermittente. Il y a deux cents ans, Dieu était à la mode, et les Pères fondateurs des Etats-Unis l'avaient d'ailleurs inscrit dans la Déclaration d'Indépendance et sur les billets de banque. Il y a cinquante ans, D.ieu n'était pas à la mode, et les fondateurs de l'Etat d'Israël, après de longs débats, n'ont parlé de Lui, quand ils ont rédigé leur Déclaration d'Indépendance, que comme le "Rocher d'Israël". Dieu est maintenant de nouveau à la mode. Pour être sûrs que Dieu n'est pas seulement une mode fugitive, et qu'Il ne deviendra pas aussi démodé l'an prochain que le seront les chaussures à semelles épaisses, il faut que nous en prenions grand soin. Pour être sûrs que Dieu est vraiment devenu une partie de nos vies et qu'Il exerce une influence profonde et salutaire sur l'amélioration de notre manière d'exister et de nous relier les uns aux autres, il faut que nous fassions très attention à ce que nous voulons dire quand nous prononçons ce nom : " D.ieu ".
Se débarrasser de "D.ieu"
Très franchement, le mot " D.ieu " ne signifie rien pour moi. A tout prendre, il aurait plutôt tendance à interférer avec ma vraie foi. Personnellement, je ne crois pas en " D.ieu ". C'est un mot d'origine latine que l'on ne trouve pas dans le texte hébreu de la Bible. Ce mot "D.ieu" a été tellement galvaudé, déprécié et mal compris qu'il se dresse comme un obstacle devant notre recherche de la vérité ultime à laquelle nous essayons de nous livrer. En réfléchissant à ce problème, je commence à comprendre ce que Nietzsche voulait dire quand il a assuré que " D.ieu est mort ". Le concept de " D.ieu " - dans le sens que nous lui donnons quand nous parlons de Lui - est un concept mort. Il n'a rien de réel. L'image du mâle vengeur ressemblant à Zeus qui flotte dans les cieux est beaucoup trop éloignée d'une véritable représentation de la réalité. Malheureusement, beaucoup de gens se représentent une image de D.ieu comme une sorte de héros céleste omnipotent, hors de leur portée. Il n'est pas étonnant qu'ils ne veuillent pas croire en ce D.ieu ; il n'est pas étonnant qu'ils n'aient aucune idée de la manière de connaître ce Dieu. En réalité, cette image de " D.ieu " est affreuse. C'est la raison pour laquelle je crois qu'il faut, avant tout progrès spirituel véritable, que nous nous débarrassions de D.ieu. De même qu'Abraham, nous avons besoin de briser nos propres images gravées, de nous libérer de l'idolâtrie conceptuelle qui obstrue les yeux de notre âme. Le temps est venu de voir Celui que nous cherchons.
Celui que nous cherchons
Le nom qui, dans la Bible, a été malencontreusement traduit par " D.ieu " comprend les lettres hébraïques yod, hè, wav et hè. Il est important de savoir que ce groupe de quatre lettres n'est pas un mot, mais un tétragramme - le Tétragramme comme il n'en existe qu'un seul - voulant dire : " était / est / et / sera ". Le Tétragramme réunit les trois formes hébraïques du verbe " être " suggérant la source éternelle de toute créature. Etant donné que la loi juive interdit que l'on prononce le Tétragramme, les Juifs religieux le remplacent dans leurs prières par un mot complètement différent - Adonaï (signifiant : " Seigneur ") - toutes les fois que se présentent les quatre lettres yod, hè, wav et hè. Comme il est étrange de voir un mot et de dire autre chose! Bien entendu, cela est destiné à rappeler au fidèle que ce qu'il voit ne peut pas être dit, que ce qu'il éprouve ne peut pas vraiment être rendu par des mots ou des concepts. Les Sages d'antan, dans leur vaste sagesse, ont compris que les gens aiment le truchement des images et donc ont besoin de rappels constants destinés à leur faire accepter humblement les limitations de leurs conceptualisations. Comment l'esprit humain peut-il saisir le Tétragramme? Comment l'esprit humain peut-il imaginer l'ultime réalité éternelle? Cette idée est très difficile à saisir parce qu'elle dépasse les bornes de nos esprits. C'est comme une goutte d'eau dans l'océan, qui essayerait de saisir l'océan. Certes, tout ce que nous pouvons dire est que chacun de nous incarne un aspect de la réalité, mais nous ne sommes pas la réalité. Comme la goutte d'eau dans l'océan, nous existons à l'intérieur de la réalité. Parce que la réalité est yod, hè, wav et hè. Quand les Juifs célèbrent la Pâque, ils chantent une chanson de la Haggada: " Béni est " l'Endroit " ". Un des termes employés pour décrire yod, hè, wav et hè est " l'Endroit ". Pourquoi " l'Endroit "? Parce qu'il suggère que yod, hè, waw et hè est l'endroit, la réalité dans lesquels nous existons. Celui qui croit en la théorie du Big Bang - selon laquelle le monde est venu à l'existence à la suite d'une explosion primordiale avec des masses de gaz chauds et tourbillonnants, qui se sont ensuite condensés en des étoiles et de planètes - n'en doit pas moins se demander: Où tout cela s'est-il produit? En quel endroit cette explosion a-t-elle eu lieu? Qui a orchestré cet événement? La réponse est yod, hè, wav et hè, la Réalité Ultime - Celui qui embrasse tout temps, tout espace et tous êtres.
La réalité ultime
La Kabbale nous avertit que nous ne devons attribuer aucun nom ni aucune lettre à la Réalité Ultime. (La Kabbale appelle la Réalité Ultime le Ein sof, " Celui sans fin ".) Nous ne pouvons pas faire tenir quelque chose d'aussi vaste et d'aussi abstrait dans aucun concept ou image rigides. Même le Tétragramme est, au mieux, une simple allusion, parce que Celui auquel il se réfère est au-delà des noms et des concepts. Que faut-il alors que nous fassions quand nous parlons de yod, hè, wav et hè, si nous ne voulons pas rester figés dans le concept mort dont nous essayons de nous débarrasser? La réponse du judaïsme propose d'éviter le problème en parlant simplement de Hachem, mot hébreu qui veut dire simplement " le Nom ". Cela nous évite une trop grande familiarité avec aucun nom, et cela évite en fait d'utiliser aucun nom. Lorsque nous disons : " le Nom " - Hachem - nous voulons dire que la Réalité Ultime est, en fait, au-delà de tous noms, de toutes dénominations, de toutes images. Quand nous disons Hachem, nous nous rendons compte que nous ne possédons qu'une compréhension simpliste, limitée, inadéquate, de la Réalité Ultime, de la Source de tout être, de l'Endroit ou du Contexte de tout ce qui existe. Nous n'avons pas - et en fait ne pouvons pas avoir - une compréhension de Hachem, mais nous pouvons avoir - et nous l'avons effectivement - un rapport avec Hachem. Hachem est vivant, Il est l'ultime Réalité vivante. La Kabbale impose un changement complet de modèle de pensée. Elle enseigne que Hachem n'existe pas " dans " la réalité, mais qu'Il est " la " réalité. Et nous n'existons pas aux côtés de Hachem, nous existons dans Hachem, à l'intérieur de la réalité qui est Hachem. Hachem est " l'Endroit ". De fait, Hachem est le contexte qui embrasse tout. Aussi ne peut-il pas y avoir nous et Dieu existant l'un à côté de l'autre dans la réalité. Il n'y a qu'une seule réalité qui est Hachem, et nous existons dans Hachem. Nous existons à l'intérieur de la réalité, nous incarnons un aspect de la réalité, nous participons de la réalité. C'est là un concept complètement différent.
Un D.ieu personnel
Quand je leur parle de réalité, il arrive que les gens protestent. Ils se plaignent de ce que la notion de "réalité" résonne comme quelque chose d'impersonnel. "Qu'est-il advenu du Dieu personnel?" demandent-ils. Mais la Réalité ultime, Hachem, n'est pas impersonnelle. Cette réalité nous embrasse vous et moi, et elle est source et contexte pour vous et pour moi. Hachem ne peut donc pas être moins personnel que vous et moi. En fait, Hachem est infiniment plus personnel. Certaines gens pensent que la réalité est un espace mort et vide, mais la réalité est en fait consciente, vivante et aimante. Nous ne pouvons donc pas parler de réalité d'une manière impersonnelle. Nous ne pouvons pas demander, par exemple: "Qu'est-ce qui est réalité?" Nous devons demander: "Qui est réalité? Qui est la source de toute conscience? Qui est la source de toute vie? Qui est la source de l'amour? Qui accueille tout ce que nous voyons dans ce monde?" La réponse est: Hachem. Une métaphore devrait nous permettre de mieux comprendre notre rapport à Hachem, celle du rapport entre la pensée et le penseur. Si je crée un homme dans mon esprit, où cet homme existe-t-il? Dans mon esprit. Cet homme existe dans moi, et pourtant je ne suis pas cet homme. Cet homme n'est pas moi. Il continuera d'exister aussi longtemps que je continuerai de penser à lui. Lorsque je cesserai de penser à lui, il cessera d'exister, mais je ne serai pas moins que ce que j'étais avant que je l'eusse créé dans mon imagination. De la même manière, nous sommes le produit de la création par Hachem. Nous existons dans Hachem. Mais nous ne sommes pas Hachem et Hachem n'est pas nous. C'est une idée mystique. Il n'y a rien qui soit vide de Hachem. Tout est dans Hachem, Hachem est dans tout, mais Hachem est au-delà de tout. Nous existons à l'intérieur de la réalité, nous incarnons la réalité, mais nous ne sommes pas la réalité. Et si nous cessions d'exister, la réalité continuerait, pas moins qu'avant ou après notre création.
Une vision parvenue à maturité
Quand j'ai essayé d'expliquer cela à mon fils de sept ans, il eut la réaction que voici : " Nouri, où est Hachem ? " " Il est là-haut ", répondait-il avec assurance en montrant le ciel. " Dans le ciel ! " " Non ! Hachem n'est pas là-haut, Hachem est partout ! " " Ah bon ! ". " Maintenant, où sommes-nous toi et moi ? " " Eh bien " répondit-il avec moins d'assurance, comme s'il s'attendait à quelque traquenard dans ma question, " Nous sommes ici! " " Non! " ai-je répondu. " Toi et moi sommes en réalité à l'intérieur de Hachem. Comprends-tu cela ? Hachem n'est pas là-haut, et toi et moi ne sommes pas ici. Hachem est partout et nous sommes dans Hachem. " Mon fils s'enferma dans ses pensées pendant quelques moments, essayant de comprendre. Puis il s'exclama: " J'y suis! J'y suis! Eh bien! Hachem est très gros! " Il avait dû, probablement, se dessiner dans sa tête une image où Hachem aurait été assez gros pour inclure deux autres personnes. L'esprit d'un enfant ne peut pas évoluer dans des abstractions. Voilà pourquoi, si un élève de CM1 ne sait pas répondre à la question: "Combien font 14 moins 9? ", on lui demandera: "Si tu as quatorze bonbons et que tu en donnes neuf à ta sœur, combien de bonbons te restera-t-il? "et il trouvera la réponse tout de suite. Il verra les bonbons disparaître dans son esprit. Mais lorsqu'il progresse en maturité, on attend de lui qu'il abandonne ces concepts puérils et limités. Il ne peut pas penser à des bonbons chaque fois qu'il additionne ou qu'il soustrait, pas plus qu'il ne peut pas penser à un gros ballon toutes les fois qu'il pense à Dieu. Si nous voulons un rapport d'adulte avec Hachem, il nous faut être prêts à changer de modèle de pensée. Mais il est extrêmement difficile d'abandonner de vieux concepts. L'esprit humain peut être comparé à une prison. Sortir de la prison de notre imagination est parfois plus difficile que sortir d'une prison de pierres et de barreaux. Si nous devenons prisonniers d'un concept malsain de Dieu, nous évoluerons toute notre vie durant dans un cadre où Dieu sera notre adversaire. Et il n'est pas étonnant que nous nous détournions de Lui. Quand nous lisons qu'un être omnipotent nous a donné tel ou tel commandement, nous nous disons comme des enfants: "Oui? Et alors? " La question suivante sera de savoir qui aura le dessus. Faudra-t-il que nous capitulions devant cet être-là? Mais si nous pouvons perdre l'habitude de compter des bonbons et prendre celle des abstractions de l'algèbre, nous réussirons aussi à libérer nos esprits des représentations maniérées et malsaines de Dieu. Ce n'est que lorsque nous débarrasserons nos esprits des œillères constituées par des concepts morts que nous pourrons commencer à ouvrir les yeux de notre âme et à voir d'une nouvelle manière. Et lorsque nous le ferons, nous pourrons aussi nous ouvrir à la possibilité de voir véritablement Hachem. Téléchargez la version intégrale