| Imminence Magazine n°17 |
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| Dossier réalisé par Chabtai Y. Coen |
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L'appel Lors d'une réunion 'hassidique (Farbrenguen) le 19 Kislev 5734 (1973), le Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem M. Schneerson lança un appel urgent pour que des troncs de charité, (pouchkès), soient distribués aux soldats de Tsahal. A cette occasion, il souligna l'importance de la tsédaka en général, et de la pouchka en particulier, non seulement pour les soldats mais pour chaque juif individuellement. « Pouchkah » en russe, veut dire : « canon ». Notre tsédakah-pouchkah » est donc l'arme qui barre le passage aux armes ennemies. En Yiddich, ce mot signifie : « tirelire ». Nous rapportons ici quelques extraits de ce discours. |
Les Pouchkés pour les soldats d'Israël « ...les soldats qui défendent la Terre Sainte accomplissent un acte de tsédaka extraordinaire et constant. Extraordinaire : parce que la tsédaka est faite non pas avec leur argent ou leurs biens matériels, mais avec leurs propres corps. Constant : car même lorsqu'il sommeille, le soldat juif à la frontière défend sa patrie et tous ses habitants par sa présence même ; l'ennemi n'essaiera pas de percer les lignes de défense car il sait qu'elles sont protégées. Mais pour le soldat, il ne s'agit pas là de tsédaka ; il fait simplement son devoir en tant que membre de l'armée, qu'il soit sous les drapeaux ou un engagé volontaire. Par conséquent, il doit accomplir la mitsvah de tsédaka de manière consciente, afin d'acquérir l'habitude vitale de donner la tsédaka. De ce fait, je demande que des troncs de charité soient distribués à l'armée d'Israël et qu'ils soient mis en évidence dans chaque camp, chaque bataillon, chaque division, etc. Casque et armure « II couvrit son corps de tsédaka et sa tête d'un casque sauveur». Nos Sages, bénie soit leur mémoire, ont commenté ainsi ce verset : « De même que les anneaux ajoutés les uns aux autres finissent par former une cotte de mailles, ainsi en est-il de la tsedaka : les pièces de monnaie ajoutées les unes aux autres forment une somme importante ». Cela signifie que de même que la cotte de maille est faite d'anneaux qui recouvrent chacun un vide, au point que l'ensemble constitue une protection totale contre les flèches, ainsi les nombreux petits actes individuels de charité se combinent pour former un bouclier protecteur. Quand un soldat commence son entraînement, on lui enseigne à porter un casque protecteur. Celui-ci n'est pas agréable à porter, il pèse lourd sur la tête ; mais le soldat doit apprendre à le porter, car le moment viendra où il aura besoin de sa protection. Supposons que ce soldat soit privé de son casque, ou qu'on l'empêche de le porter, puis qu'une balle le frappe à la tête. Qui est cause du mal ? L'ennemi qui a tiré, bien sûr. Néanmoins, le soldat n'aurait pas été blessé s'il avait pu porter son casque. Celui qui l'a empêché de le faire porte une grande part de responsabilité. Le même raisonnement s'applique au « casque » du juif, protection assurée par les mitsvot en général et la tsédakah en particulier. Par exemple, on ne peut pas dire qu'une carence quelconque dans une mitsvah fut la cause des drames de l'après-guerre de Kippour en Terre Sainte. Au contraire, les mitsvot comportent une protection spéciale, une sorte de « casque spirituel » ; activement observées, elles assurent une protection pour les juifs partout dans le monde. L'accomplissement des préceptes divins constitue le casque que la « stratégie militaire » exige que nous portions. Un juif qui observe une mitsvah contribue à assurer à notre peuple tout entier défense et protection. Car nous sommes tous frères et liés par une interdépendance totale. Maïmonide met encore plus l'accent sur notre responsabilité en nous disant que la loi toranique requiert que : « ... chaque individu doit se considérer comme méritant par moitié une récompense et par moitié un châtiment ; et (il doit considérer) le monde entier dans la même perspective. S'il accomplit une mitsvah, il fait pencher le fléau de la balance du côté de la récompense pour lui-même et pour le monde entier, devenant, pour lui-même et pour tous cause d'aide et de délivrance, etc. » (Maïmonide). Chaque juif est un soldat « ...Quand les juifs ont quitté l'Egypte, ils furent appelés « l'Armée de D.ieu » (Exode 12, 41). Or, chaque juif doit se considérer comme s'il était lui-même sorti d'Egypte » (Michna Pessa'him, chap. 10-5). Il est donc un devoir de revivre l'exode d'Egypte où nous devinrent les soldats de l'armée de D.ieu. Dès lors, des troncs de charité doivent exister dans chaque foyer juif qui, dans un certains sens, représente les « camps » des forces armées du Tout-Puissant... ». Qu'est-ce qu'une Pouchka ? Le Talmud rapporte que le grand Sage Abba 'Hilkya et sa femme était tous deux charitables : cependant, lorsqu'ils prièrent pour obtenir la pluie à une époque de sécheresse, les prières de la femme furent exaucées avant celles de son mari. Abba 'Hilkya donnait de l'argent aux pauvres qui s'en servaient pour acheter des victuailles ; sa femme, par contre, donnait pain et d'autres comestibles, et pas simplement des moyens d'acheter de la nourriture. Pour cette raison-là, ses prières furent exaucées sur le champ (Taanit 23b). De nos jours, beaucoup ont perdu le sentiment de donner la charité. Et quand ils le font, ils accomplissent un acte routinier. On écrit un chèque, et on l'envoie à une destination inconnue. Il nous faut retrouver la spontanéité de la Tsédakah, et y a-t-il un meilleur moyen que la pouchkah ? Dès que la pièce tombe dans la boîte, elle ne fait plus partie de nos biens, elle appartient aux fonds destinés à la charité. Par ce petit geste, la mitsvah de la Tsédakah a été pleinement accomplie. La pouchkah fut jadis le signe caractéristique d'un foyer juif ; aujourd'hui, le chèque est omniprésent partout. Le bénéficiaire du chèque doit l'endosser, le déposer à la banque, et parfois attendre quelques jours avant qu'il ne lui soit crédité. Alors seulement pourra-t-il en profiter pour acheter ce dont il a besoin. Le temps est venu de ressusciter la merveilleuse coutume qui était le lot, jadis, de toutes les communautés juives. Ainsi, chaque foyer juif, sans exception, doit désormais posséder une pouchkah !... ». Un acte de justice Tsedaka ne signifie pas exactement charité, mais plutôt acte de justice, car toutes les choses viennent de D.ieu et Lui appartiennent. Quand nous donnons aux pauvres et aux nécessiteux, nous donnons ce qui est à Lui, non ce qui est à nous. Car nous ne sommes que les « dépositaires » ou les « représentants » de D.ieu. Par conséquent, ce n'est pas une faveur de notre part, dictée par notre bon cœur, mais seulement un devoir et une dette. C'est comme si quelqu'un donnait une somme d'argent en nous disant : « Gardez-en une partie pour vous et donnez le reste aux pauvres ». Néanmoins, étant donné que donner de l'argent demande généralement un grand effort, et qu'on est tenté de donner le moins possible, D.ieu nous récompense très généreusement de ce que nous donnons « pour Son compte ». Ainsi, faire la charité est un excellent placement, de quelque façon qu'on l'envisage. Mais ce n'est pas tout. Il s'agit main- tenant de savoir combien il faut donner. Voyez-vous, chaque mitsvah est soumise à certaines règles strictes. Par exemple, les Tsitsit doivent avoir quatre fils doublés, soit huit fils à chacun des quatre coins et le vêtement lui-même doit avoir une dimension déterminée ; de même les Téfilines, la Souccah doivent avoir des mesures réglementaires. Comme le reste, la charité a ses règlements. D'après notre loi, nous sommes sensés donner au moins un dixième de notre revenu aux pauvres. Si nous avons envie de donner davantage, nous pouvons aller jusqu'au double de cette somme, soit le cinquième de notre revenu. Toutefois, Rabbi Chnéor Zalman de Liadi (auteur du Tanya et du Choul'hane Aroukh) a dit que si nous voulons consacrer à la charité plus du cinquième de notre revenu, nous pouvons en toute sécurité enfreindre cette prescription talmudique, laquelle d'ailleurs, ne s'applique qu'à ceux qui conforment strictement leur vie au Choul'hane Arou'h (le Code de la loi juive) en se gardant du moindre écart. Mais ceux qui peuvent sincèrement affirmer avoir suivi de si près ces préceptes seront, sans doute, très rares. C'est pourquoi il est préférable, pour le plus grand nombre, d'outre- passer cette limite de 20 et de donner davantage. Il est certain que donner plus que le montant fixé nous met dans une position privilégiée apte à nous faire pardonner les fautes que nous avons pu commettre. D'ailleurs, ajoute Rabbi Chnéor Zalman, quand nous adressons nos prières à D.ieu, nous ne fixons pas les quantités précises de ce que nous Lui demandons de nous donner ; nous faisons appel à Sa bonté et Sa miséricorde qui sont infinies et sans mesure. Nous prions D.ieu d'être bon et généreux à notre égard, même si nous ne le méritons pas. En outre, D.ieu ne nous doit rien, ce qui ne L'empêche pas de nous donner continuellement et avec générosité. Aussi, le moins que nous puissions faire c'est d'agir de même à l'égard de ceux qui ont besoin de notre aide. Il est particulièrement important de se souvenir que nos bonnes et nos mauvaises actions sont placées sur la balance de la Justice Divine. Il est certain que si le jugement Divin devait être rendu uniquement sur nos agissements, qui pourrait être sûr du verdict ? Mais nous ne voulons pas courir un tel risque. Aussi prions-nous D.ieu de mettre de côté balances et mesures, et de nous donner, sans compter, la vie, la santé et tout le bien que nous pouvons désirer. En toute justice, nous devrions, nous aussi, faire de même : oublier la limite fixée pour la tsedakah et donner plus que la loi ne l'exige. Parlons maintenant de la manière de faire la tsedakah. Quel que soit notre mobile, il est toujours utile de faire la Charité, car, de toute façon, les pauvres doivent être nourris et vêtus, et les institutions de la Torah doivent être soutenues. Aussi, même si quelqu'un ne fait la charité que pour être bien vu au sein de la communauté ou parce qu'il voudrait que la richesse à laquelle il aspire lui soit accordée par D.ieu ; soit parce qu'il a des malades dans sa famille, ou tout simplement qu'il ne peut supporter la vue d'un pauvre — il fait tout de même une bonne action. Toutefois, la forme la plus élevée de la tsedaka est celle qui consiste à donner indépendamment de toute idée de gain personnel, et seulement parce que D.ieu nous a commandé de le faire. C'est le cas du don anonyme, où le bénéficiaire du don, ignorant jusqu'à l'identité du donateur, ne peut en remercier que D.ieu. Mais ce ne sont pas seulement les riches qui sont supposés faire la charité. La loi s'applique à tous, riches ou pauvres. Même un mendiant qui vit de tsedaka doit la donner à son tour. Même les enfants qui reçoivent de leurs parents une allocation pour leurs menus frais doivent en consacrer une partie pour les pauvres. La tsedaka spirituelle Enfin, il est utile de se souvenir que la tsedaka ne suppose pas nécessairement un don en argent. On peut aussi aider de plusieurs autres manières : en donnant par exemple, son temps et ses efforts ; on peut aussi aider avec un mot d'encouragement. Au-dessus de tout, il y a également la « charité spirituelle », celle qui consiste à apporter une aide spirituelle, car il est des hommes riches, non en argent, mais en savoir et en connaissances, et d'autres qui ne le sont pas. Quand celui qui connaît bien la Torah, l'enseigne à celui qui la connaît peu, c'est là un cas de « charité spirituelle ». Elle est peut-être plus importante que l'aide financière. Vous voyez donc que dans ce domaine, beaucoup de possibilités sont offertes. Bien que la tsedaka ait une importance telle qu'elle puisse sauver la vie, ne commettons pas l'erreur de croire qu'en multipliant cette bonne action, nous remplissons toutes nos obligations et nos devoirs de Juifs. Car nos Sages nous enseignent que l'univers a un triple support : la Torah, la Tefilah (prière ou culte de D.ieu) et Guemilout 'Hassadime qui est la Charité dans le sens le plus étendu du terme. La Charité fait de nous un homme bon et partiellement un Juif ; pour être entièrement un bon Juif, il est nécessaire de posséder également les deux autres fondements : étudier la Torah et soutenir ses institutions, servir D.ieu par la prière et l'accomplissement des mitsvot. |